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Caméra de surveillance : déclaration CNIL ou autorisation préfectorale selon le lieu filmé

Maëlle de Cazalet 8 min de lecture
Caméra de surveillance avec panneau Vidéoprotection : doit on déclarer une caméra de surveillance ?

La réponse dépend moins de la caméra elle-même que de ce qu’elle filme. Une caméra installée chez soi et dirigée uniquement vers l’intérieur du logement, le jardin ou un accès privé ne fait pas l’objet d’une déclaration générale. En revanche, un dispositif qui filme un lieu ouvert au public peut nécessiter une autorisation préfectorale. Dans tous les cas, la vie privée des personnes filmées doit être protégée.

Déclaration à la CNIL ou autorisation : la distinction essentielle

Depuis l’entrée en application du RGPD, il n’existe plus de déclaration systématique à la CNIL pour installer une caméra de surveillance. Cette absence de formalité générale ne dispense pas l’organisme ou la personne responsable du dispositif de respecter les règles applicables aux données personnelles.

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La règle pratique repose sur le lieu filmé. Un système qui filme un lieu non ouvert au public, comme un logement, des bureaux réservés au personnel ou une zone de stockage inaccessible aux clients, ne relève pas d’une autorisation préfectorale. À l’inverse, lorsqu’il filme un lieu ouvert au public, comme une surface de vente, l’entrée d’un commerce, un espace d’accueil ou un parking accessible à la clientèle, il s’agit généralement de vidéoprotection. Une demande doit alors être déposée auprès de la préfecture. À Paris, la démarche relève de la préfecture de police.

Situation filmée Déclaration CNIL Formalité principale
Domicile et propriété strictement privés Non Respecter la vie privée et limiter le champ de vision
Entreprise, locaux réservés aux salariés Non Information, RGPD, registre et mesures de sécurité
Commerce ou espace accessible aux clients Non Autorisation préfectorale et information du public
Exploitation agricole, chemin ou espace accessible au public Non Vérifier si une autorisation préfectorale est requise

Chez soi : protéger son logement sans filmer les autres

Un particulier peut installer une caméra à l’intérieur de son domicile, dans son garage, à son portail ou dans son jardin sans déclaration préalable, dès lors que les images concernent exclusivement sa sphère privée. La caméra doit être orientée vers les accès, les biens ou les espaces dont il a la jouissance.

Voie publique, voisin et parties communes : des zones à exclure

Une caméra privée ne doit pas filmer la voie publique, le trottoir, la chaussée, l’entrée d’un immeuble voisin, un jardin mitoyen ni les fenêtres d’autrui. Même si l’objectif est de sécuriser un portail, il faut régler précisément l’angle de prise de vue, utiliser si besoin un masque de confidentialité et contrôler l’image réellement affichée dans l’application.

Le point sensible se situe souvent à la limite de propriété. Une caméra extérieure peut facilement étendre la surveillance sur les déplacements des passants ou des voisins. Un cadrage plus serré sur la serrure, le portillon ou l’allée offre généralement une protection plus adaptée : il permet de capter l’événement à surveiller sans observer les propriétés voisines.

Locataire et intervenants à domicile

Un locataire peut installer une caméra dans son logement, sous réserve de respecter les mêmes limites. En revanche, des travaux de perçage, de fixation extérieure ou de câblage peuvent nécessiter l’accord du propriétaire. Une solution sans fil limite souvent cette difficulté, sans dispenser de régler correctement le champ de vision.

Une aide à domicile, un artisan, une nounou ou tout autre salarié intervenant au domicile doit être informé de la présence des caméras. Filmer une personne en permanence pendant l’exécution de son travail constitue une surveillance disproportionnée. Le dispositif doit rester limité à ce qui est nécessaire pour sécuriser le logement et ses accès.

Entreprise, commerce et agriculture : identifier le lieu réellement filmé

La nature de l’activité ne suffit pas à déterminer la démarche à effectuer. C’est l’accès effectif à la zone filmée qui compte. Une même entreprise peut donc exploiter un système soumis à des règles différentes entre ses bureaux, son entrepôt et son espace de vente.

Locaux de travail non ouverts au public

Dans une entreprise, une caméra peut contribuer à sécuriser les accès, les marchandises ou des zones sensibles. Elle ne doit pas devenir un outil de contrôle continu des salariés. L’employeur doit pouvoir justifier la finalité du dispositif et choisir un emplacement proportionné : filmer une porte d’accès ou une caisse peut être pertinent ; cadrer en permanence chaque poste de travail l’est beaucoup moins.

Les salariés, les représentants du personnel lorsqu’ils sont concernés, les visiteurs et les prestataires doivent être informés avant la mise en service. Les personnes habilitées à consulter les images doivent être limitées et clairement identifiées. La consultation ne doit pas être ouverte à toute personne disposant d’un accès technique au système.

Commerce, accueil et exploitation agricole

Dans un commerce, les zones fréquentées par les clients sont des lieux ouverts au public. L’autorisation préfectorale doit être demandée avant la mise en service du dispositif. L’affichage à l’entrée doit signaler l’existence des caméras et indiquer les informations permettant aux personnes concernées d’exercer leurs droits.

Une exploitation agricole doit appliquer le même raisonnement. Une caméra dirigée vers un bâtiment privé ou du matériel dans une cour inaccessible au public n’appelle pas le même régime qu’un dispositif filmant un magasin à la ferme, une zone d’accueil ou un chemin ouvert à la circulation. La présence de salariés impose aussi une information claire et une surveillance limitée au nécessaire.

Les obligations RGPD qui restent à respecter

Dès lors que des personnes identifiables sont filmées, les images constituent des données personnelles. L’absence de déclaration à la CNIL ne retire donc ni les obligations d’information ni les exigences de sécurité. Le responsable du dispositif doit pouvoir expliquer son objectif, son fonctionnement et les conditions d’accès aux images.

  • Définir une finalité précise : prévenir les intrusions, protéger les biens, sécuriser un accès ou constater un incident.
  • Informer les personnes : panneau visible pour le public, information interne pour les salariés et les visiteurs.
  • Tenir un registre des activités de traitement pour l’organisation concernée, avec la finalité, les catégories de personnes filmées, les accès et les mesures de protection.
  • Sécuriser les images : mots de passe robustes, comptes individuels, accès distant protégé et liste des personnes autorisées.
  • Prévoir une conservation limitée : les images ne doivent pas être gardées indéfiniment et leur durée doit être justifiée par l’objectif de sécurité.

Les personnes filmées peuvent notamment demander l’accès aux images les concernant, dans les conditions applicables. Une organisation disposant d’un délégué à la protection des données, ou DPO, a intérêt à le consulter avant le déploiement. Une analyse d’impact relative à la protection des données peut être nécessaire en cas de surveillance systématique à grande échelle d’une zone accessible au public.

Les vérifications à faire avant d’allumer le système

Avant l’installation, commencez par visualiser le champ exact de chaque caméra, de jour comme de nuit. La vision nocturne, la détection de mouvement et l’accès à distance peuvent élargir l’usage réel du système. Ils doivent rester cohérents avec la finalité annoncée. Si la caméra propose l’audio, soyez particulièrement vigilant, car l’enregistrement de conversations est plus intrusif qu’une simple captation d’images.

  1. Déterminez si la zone filmée est privée, réservée au personnel ou ouverte au public.
  2. Éliminez du cadre la rue, les propriétés voisines et les espaces non nécessaires.
  3. Pour un lieu ouvert au public, préparez la demande d’autorisation auprès de la préfecture compétente.
  4. Rédigez l’information destinée aux salariés, aux visiteurs ou aux clients et installez l’affichage avant la mise en service.
  5. Paramétrez les accès, la conservation et la suppression des images ; ne laissez pas les identifiants par défaut.
  6. Documentez le dispositif dans le registre de l’organisation et vérifiez, avec le DPO si nécessaire, l’éventuelle analyse d’impact.

En cas de doute sur le statut d’un lieu ou sur les droits des personnes filmées, les ressources de la CNIL permettent de vérifier les règles applicables. Le bon réflexe reste simple : filmer moins, cadrer mieux et pouvoir expliquer précisément pourquoi chaque caméra est nécessaire.

Maëlle de Cazalet

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