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Images de vidéosurveillance : un mois maximum, sauf incident identifié

Maëlle de Cazalet 9 min de lecture

En France, les images filmées par un système de vidéosurveillance ne peuvent pas être gardées indéfiniment. La règle est simple : la conservation doit rester limitée à ce qui est nécessaire, avec un plafond généralement fixé à un mois maximum. Dans bien des cas, quelques jours suffisent pour vérifier un incident, déposer une plainte ou transmettre un extrait utile aux personnes habilitées.

Cette durée concerne les commerces, les immeubles, les parkings, les bureaux, les entrepôts et les lieux accueillant du public. Elle doit être prévue avant la mise en service du dispositif, indiquée dans l’information donnée aux personnes filmées et appliquée concrètement dans les réglages du système.

La règle de base : une conservation courte, plafonnée à un mois

La vidéosurveillance repose sur un principe simple : on ne conserve pas des images “au cas où” pendant des semaines ou des mois sans raison précise. Les images doivent être effacées automatiquement à l’issue du délai prévu, sauf si un événement impose d’en extraire une séquence.

Durée légale de conservation des images de vidéosurveillance · Découvrez les règles de la CNIL sur la durée maximale de conservation des enregistrements vidéo pour respecter la vie privée.

Pourquoi parle-t-on souvent de 30 jours ou d’un mois ?

Le délai d’un mois correspond au plafond couramment admis pour les dispositifs de vidéoprotection et de vidéosurveillance. Il ne veut pas dire que toutes les organisations doivent garder les images pendant un mois. Il fixe surtout une limite à ne pas dépasser dans le fonctionnement normal.

La CNIL rappelle que la durée doit rester proportionnée à l’objectif poursuivi. Dans un magasin, quelques jours peuvent suffire pour constater un vol, une dégradation ou un litige en caisse. Dans une résidence, la durée peut être adaptée pour laisser le temps au syndic ou au gestionnaire d’être informé d’un incident. Garder systématiquement les images pendant 30 jours n’est donc pertinent que si ce délai est réellement nécessaire.

Un délai plus court est souvent préférable

Dans la pratique, beaucoup de systèmes écrasent automatiquement les anciennes images au bout de 7, 14 ou 21 jours. Ce fonctionnement est souvent plus cohérent avec les besoins réels : plus la durée est courte, plus le risque d’atteinte à la vie privée diminue, tout en conservant une capacité de réaction suffisante.

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Le bon réflexe consiste à se demander combien de temps il faut, concrètement, pour détecter un problème. Si les locaux sont contrôlés tous les jours, un délai long sera difficile à justifier. Si le site est fermé plusieurs jours d’affilée, une durée un peu plus importante peut se défendre, à condition de rester dans la limite maximale applicable.

Ce qui peut justifier la conservation d’un extrait plus longtemps

La règle d’effacement automatique connaît une exception importante : lorsqu’un incident est identifié, les images pertinentes peuvent être extraites et conservées le temps nécessaire au traitement du dossier. Il ne s’agit alors plus de garder tout l’enregistrement, mais seulement la séquence utile.

Vol, agression, dégradation : isoler uniquement la séquence nécessaire

En cas de vol, d’agression, d’accident ou de dégradation, l’organisme peut sauvegarder les images correspondant à l’événement. Cette extraction doit rester ciblée : le bon créneau horaire, la bonne caméra, la scène utile. Conserver plusieurs journées complètes alors qu’une séquence de quelques minutes suffit serait disproportionné.

Ces images peuvent ensuite être transmises aux forces de l’ordre ou à l’autorité judiciaire si elles sont demandées dans un cadre légal. Elles peuvent aussi servir à documenter une déclaration d’assurance ou une procédure interne, lorsque cela est justifié.

Ne pas confondre archive utile et stockage de précaution

Une fois l’extrait isolé, il doit lui aussi avoir une durée de conservation définie. On ne garde pas une copie indéfiniment parce qu’elle pourrait un jour servir. La conservation prolongée doit rester liée à une procédure en cours, à une enquête, à un contentieux ou à une demande officielle.

Il est utile de noter la raison de l’extraction, la date, la personne qui l’a réalisée, le support utilisé et les destinataires éventuels. Cette traçabilité permet de montrer que la conservation exceptionnelle n’est pas devenue une archive parallèle sans contrôle.

Adapter le délai selon le lieu filmé et le risque réel

Le délai ne se choisit pas uniquement en fonction des capacités techniques du disque dur. Il dépend du lieu, de la finalité du système, de la fréquence de contrôle et de la sensibilité des images. Une caméra installée dans un commerce ouvert tous les jours ne soulève pas les mêmes enjeux qu’un site industriel isolé ou un parking peu fréquenté.

Commerces, bureaux et copropriétés : des besoins différents

Dans un commerce, l’objectif est souvent la prévention des vols, la sécurité des clients et la protection du personnel. Un délai court peut suffire, car les incidents sont généralement repérés rapidement. Dans des bureaux, la vidéosurveillance doit rester particulièrement encadrée : elle ne peut pas servir à surveiller en permanence l’activité des salariés, et les images ne doivent être consultées qu’en cas de nécessité.

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En copropriété, les caméras visent plutôt les accès, les halls, les parkings ou les locaux communs. Le délai doit laisser le temps au gardien, au syndic ou au conseil syndical de signaler un fait, sans transformer l’immeuble en espace d’observation continue. Les caméras ne doivent pas filmer les portes privatives de manière intrusive, ni les espaces relevant de la vie privée.

Le bon délai se règle comme une balance

Choisir une durée, c’est chercher un équilibre entre deux exigences : d’un côté, le besoin de preuve en cas d’incident ; de l’autre, le droit des personnes à ne pas être suivies dans leurs déplacements plus longtemps que nécessaire. Une méthode simple consiste à partir du scénario le plus probable : combien de temps faut-il pour qu’un vol, une intrusion ou une dégradation soit découvert ? Puis à ajouter une marge raisonnable pour agir. Ce raisonnement évite de régler le système sur la capacité maximale du matériel, qui reste rarement un critère juridique pertinent. La bonne mesure n’est pas celle que le disque dur permet, mais celle que l’objectif de sécurité justifie.

Situation Délai souvent pertinent Point de vigilance
Commerce ouvert quotidiennement Quelques jours à deux semaines selon l’organisation Vérifier rapidement les incidents et limiter l’accès aux images
Bureaux Délai court, strictement justifié Ne pas utiliser les caméras pour contrôler l’activité permanente des salariés
Copropriété Délai adapté au passage du gestionnaire ou du syndic Filmer les parties communes sans viser les espaces privés
Site isolé ou fermé plusieurs jours Délai plus long possible, sans dépasser le plafond applicable Justifier la durée par la fréquence réelle de contrôle

Informer les personnes filmées et limiter l’accès aux images

La durée de conservation n’est qu’un élément de conformité. Les personnes filmées doivent aussi savoir qu’un dispositif existe, pourquoi il est utilisé, qui peut consulter les images et comment exercer leurs droits. Une vidéosurveillance légalement installée mais mal expliquée peut vite devenir problématique.

Le panneau d’information doit être clair

Un affichage visible doit informer les personnes avant ou au moment où elles entrent dans la zone filmée. Il doit indiquer l’existence des caméras, la finalité du dispositif, l’identité du responsable, la durée de conservation des images et les modalités d’exercice des droits. Lorsque les informations complètes ne tiennent pas sur le panneau, un renvoi vers une notice, un règlement intérieur, une page web ou un contact dédié peut être prévu.

Dans une entreprise, les salariés doivent recevoir une information spécifique. Si le dispositif concerne un lieu de travail, les obligations liées au dialogue social peuvent aussi s’appliquer selon la structure concernée.

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Seules les personnes habilitées doivent consulter les enregistrements

L’accès aux images doit être limité à des personnes désignées : dirigeant, responsable sécurité, gestionnaire habilité, prestataire autorisé, selon les cas. Les identifiants partagés, les écrans visibles par tous ou les exports envoyés sans précaution sont à éviter.

Il est utile de prévoir une procédure interne simple : qui peut visionner, dans quels cas, comment consigner l’accès, quand extraire une séquence et comment la supprimer. Cette organisation protège les personnes filmées, mais aussi le responsable du dispositif en cas de contrôle ou de contestation.

Les erreurs fréquentes à éviter

La plupart des difficultés ne viennent pas de la caméra elle-même, mais de réglages trop larges ou d’habitudes mal encadrées. Un système installé depuis longtemps mérite d’être vérifié régulièrement, notamment après un changement de logiciel, de prestataire ou de capacité de stockage.

  • Conserver les images plusieurs mois sans procédure judiciaire ou incident identifié.
  • Régler automatiquement le délai au maximum sans analyser le besoin réel du site.
  • Oublier d’effacer les exports après la fin d’un dossier.
  • Laisser trop de personnes accéder aux images, y compris sans rôle de sécurité.
  • Ne pas informer clairement les personnes filmées de la durée de conservation.
  • Filmer des zones sensibles comme des postes de travail en continu, des espaces de pause ou des zones privées sans justification solide.

Pour sécuriser la pratique, le plus simple est de formaliser trois éléments : le délai normal d’effacement, les cas précis d’extraction et la durée de conservation des séquences liées à un incident. Cette documentation n’a pas besoin d’être lourde, mais elle doit correspondre au fonctionnement réel du système.

En résumé, les images de vidéosurveillance doivent être conservées le moins longtemps possible, avec un plafond courant d’un mois en fonctionnement normal. Le délai idéal n’est pas un chiffre automatique : c’est celui qui permet de traiter les incidents prévisibles sans installer une surveillance durable et disproportionnée.

Maëlle de Cazalet

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